Si on arrêtait le "progrès"...

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Message par Invité le Mer 4 Déc 2019 - 9:26

...ce serait plus reposant !
Je n'ai pas de conception spéciale d'un monde meilleur
en revanche je trouve qu'on a tous tendance à penser qu'hier c'était globalement moins bien et que demain sera globalement mieux.
Au plan technologique et scientifique ça se défend, quoique l'environnement souffre de cette attitude utilitariste qui est la notre.
Sur les autres plans ( culturels, religieux, familiaux...), je ne suis pas convaincue qu'aller d'un point A vers un point B soit synonyme d'aller du pire au meilleur, ni qu'il n'existe pas d'autre alternative. Bref je ne souffre pas du complexe d'Orphée et comme je n'ai pas le torticoli des modernistes, je peux parfois tourner ma tête en arrière et murmurer" bon sang, la belle époque ! On n'a plus ça, nous !". En tant que passionnée d'histoire, cela m'arrive parfois. Pas souvent mais ça peut arriver.

Je pense parfois en listant les symptômes qui constituent le syndrome d'Asperger que la grosse majorité des maux de ce syndrome sont en lien étroit avec le monde moderne et que , mettons il y a un siècle ( ou moins), on n'avait pas à souffrir de ces maux ou encore qu'ils n'étaient pas interprétés de la même manière parce que les normes et les attentes n'étaient évidemment pas les mêmes.

Commençons par le plus simple : la sensibilité au bruit.
Le monde moderne est plus bruyant que toutes les civilisations qui nous ont précédés. Peut-être que cela fait trop de bruit pour ce que l'humain lambda est capable de supporter...

La mauvaise interprétation des émotions :
cette maladresse a sans doute toujours été le lot  de certains ( si on en croit la littérature) mais dans notre monde il y a ce paradoxe qui la rend intolérable ou très très problématique :
l'individualisme exige que l'on arrive à se faire une place seul, les qualités requises en entreprise sont très largement relationnelles car on vit dans une société marchande où le savoir être compte autant ( même plus) que le travail en lui-même, ce travail peut être exécuté par plein de candidats, mais on retiendra celui qui aura, en plus de diplomes, du relationnel. Donc les bons diplômes en temps de précarité de l'emploi ne suffisent plus.
Et le paradoxe est que ce relationnel ne fait plus comme jadis l'objet d'une éducation précise et rigoureuse ! Au contraire l'éducation ( individualiste) centré sur le Moi considère toute norme externe comme une entrave, donc c'est souvent sans repères comportementaux que le jeune diplomé débarque sur le marché de l'embauche.
Pour une aspergirls ( féministes : préparez les tomates) cela ne posait guère de problème car une femme etait supposée se marier, s'occuper de sa maison et des enfants.  Ce qui peut présenter un très net avantage car le savoir être n'est pas requis pour être mère au foyer.

Les difficultés à se faire des amis : et aussi avec l'amour...là c'est le même raisonnement, si on est dans une société traditionnelle et stable, on a moins de risque de finir seul(e) car c'est la société et la famille qui va se charger de vous établir. Une fille avec dot a des chances de se marier même si elle est godiche. On présente des jeunes veuves à un vieux garçon.
Donc dans le monde ancien,  si vous  tombez sur un mauvais mari ou une mauvaise femme, vous pouvez au moins vous dire que ce n'est pas parce que vous avez un problème et l'entourage ne pensera pas non plus que c'est votre faute mais vous plaindra ( en revanche, vous ne pouviez pas divorcer!).
L'idéal etait de bien jouer son rôle social, ce n'était pas l'épanouissement individuel ni la reussite professionnelle et relationnelle.( féministes, vous pouvez jeter les tomates) . Je trouve plus facile ( du moins faisable) de remplir un rôle social qu'on vous a clairement enseigné que de se réaliser soi-même dans le libéralisme moderne ( mission impossible) .  Cela n'engage que moi.

L'absence d'amis joue un rôle secondaire dans un contexte traditionnel de forte proximité familiale ( moins de mobilité géographique autrefois, moins d'ideaux d'indépendances, plus de devoirs familiaux et des fratries plus grandes) on avait donc avec sa parentèle des "amis donnés par la nature".
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Message par Invité le Mer 4 Déc 2019 - 9:36

Je ne suis pas en train de plaider un "retour à l'ordre ancien",
ni de me plaindre de ne pas être née à la bonne époque. Si je suis née en 1967 je ne peux rien y changer.
Je constate juste que mon profil est mal adapté au monde moderne.
Je constate aussi que toutes ces thérapies inutiles ont été des methodes d'adaptation au monde MODERNE, pris comme une référence absolue ( avec souvent interdiction de le questionner). Et qu'elles ne m'ont pas aidée, pire : elles m'ont amené des souffrances supplémentaires avec un sentiment profond de culpabilité ( "vous n'y mettez pas de bonne volonté").
Mon intérêt pour l'histoire et l'histoire des idées ( comment se construit la modernité, à partir de quelle période historique, quels philosophes etc...) m'a permis de relativiser.
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Message par yvonne21 le Mer 4 Déc 2019 - 10:18

finalement Philon, tu aurais pu te trouver samedi dernier à Paris toute la journée avec moi, c'était exactement le sujet, peut-etre regardes tu des conférences sur internet genre Jancovici, Mignerot etc.... si tu as le temps d'en regarder qu'en penses tu ?
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Message par Invité le Mer 4 Déc 2019 - 10:31

Merci Yvonne, je ne connaissais pas ces conférenciers...de quoi s'agissait-il à Paris ?
En ce moment je regarde sur Youtube des cours de philo politique sur Aristote,Luther, Rousseau et les Lumières ( c'est critique par rapport à Rousseau et au modernisme de la Révolution). Sinon j'ai lu le philosophe Charles Taylor ( "la liberté des modernes"), j'aime bien Philippe de Vulpillières ( "L'homme tue et la femme rend fou") ou Olivier Rey ( "une folle solitude") ou encore le sociologue Max Weber ( l'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme") ou, plus récent, Michel Clouscard ("Le capitalisme de la séduction").
Ces auteurs critiquent l'individualisme moderne sous différents angles d'approche.
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Message par Invité le Mer 4 Déc 2019 - 14:34

A propos des rituels, TOC etc...qui caractérisent les aspergers :
j'ai sous la main un document historique trouvé chez un bouquiniste, un manuel scolaire pour collèges de filles datant des années 30, par Madame Boulier, directrice d'école.
J'y trouve des conseils domestiques qui ressemblent comme deux gouttes d'eau...à mes propres habitudes de nettoyage ! Waouh ! Comment j'ai donc fait pour faire "spontanément" sans aucun cours et sans injonctions ce qui était enseigné dans les collèges de la troisième République ? On leur dit de se faire des plans : journaliers, hebdomadaires, mensuels, pour organiser leurs tâches ménagères: d'épousseter et de balayer ( il n'y avait pas encore d'aspi ou très peu) tous les jours; de faire des menus à l'avance, etc.
Moi quand je dis à quelqu'un que je fais comme ça ( je l'ai toujours fait, même avant d'avoir trouvé ce manuel scolaire) j'ai droit à "tu dois te faire soigner" "tu es fragile de ce côté-là, il y a surement une raison psychologique", "t'es maniaque", "ce TOC t'empêche de faire des choses plus "intéressantes"". etc.
En 2019 donc c'est clairement un trouble. Je devrais consacrer mon temps aux amitiés, relations, vie associative et professionnelle, et en faire le minimum chez moi, m'en fiche qu'il y ait ou non des miettes par terre et des taches de doigt sur les vitres. Je devrais "me réaliser."
En 1930 c'était tellement bien vu et utile socialement ( de bien soigner son ménage) qu'on l'enseignait dans les collèges publics.
Personne n'aurait qualifié une maman vivant à la manière dont je vis de personne "fragile" devant "se faire soigner" mais plutôt de "bonne ménagère" qui s'occupe bien de sa petite famille...et c'était un statut très honorable que celui de simple mère au foyer.
C'est un exemple de "relativisation" qui m'apporte, via les documents historiques, un brin de réassurance :
je pense alors que si les vivants, les modernes, me considèrent comme une pauvre chose, un boulet, un cas de pathologie psychologique ( et ne s'en cachent même pas pour certains), les morts, mes grands-parents, par exemple, doivent penser :"sacrée F..., c'est une vraie fée du logis!"et trouver ça tout à fait normal. Surtout ma grand'mère d'ailleurs.
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Message par Reveur le Mer 4 Déc 2019 - 20:45

Bonsoir Philon,

J'ai pris énormément de plaisir à vous lire.
Cela donne matière à réflexion.

Merci.
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Message par Invité le Jeu 5 Déc 2019 - 9:01

Merci !
Les vidéos de Mignerot et Jancovici sont très instructives : on remarque la concomitance historique entre la révolution industrielle et le passage d'une société stable et traditionnelle ( avec trois ordres) à la société capitaliste ouverte et marchande qui aboutira à ce qu'on vit aujourd'hui.
Ce passage marque le moment où l'Occident commence à exploiter l'énergie des hydrocarbures ( charbon puis pétrole) et donc un changement dans les moyens de production.
Prodigieusement intéressant !
Avant le XVIIIème siècle, le conférencier note que l'on se servait essentiellement d'énergies renouvelables : force physique de l'homme et des animaux, vent...et dès que l'on commence en Angleterre, puis dans les autres pays, à utiliser le charbon,puis le pétrole, la population s'accroit, le confort et la rentabilité augmente et l'on ignore que cette énergie n'est pas renouvelable : elle est limitée.
Avec le passage aux hydrocarbures on aura donc le confort et le progrès technologique, le PIB augmente ET en même temps les mentalités, l'organisation sociale, les manières de vivre, le rapport au religieux, changent. On passe d'une société stable et théocentrée à une société en perpétuel mouvement et anthropocentrée.
Aujourd'hui on a tous peu ou prou la "religion de l'homme", on croit dans le progrès, la science, l'intelligence de l'homme, la maitrise par l'homme de la réalité ( ex : le "travail sur soi" cher aux psys qui sont très médiatisés de nos jours). L'homme est "tout puissant" dans la tête des gens. On part de l'individu.La société est un assemblage provisoire et contractuel ( Rousseau, "Le contrat social") d'individus autonomes. Donc on a cet ideal d'autonomie. C'est très visible dans les pratiques psychothérapeutiques : la norme ,l'ideal, c' est l'homme adulte, independant, qui ne s'attache pas trop aux autres, qui se débrouille seul, qui ne souffre pas dans les relations, qui s'adapte facilement aux changements, qui explore le monde. On est aux antipodes du conservatisme et de l'ideal chrétien du don total de soi ( la Croix, par exemple) qui organisait autrefois le lien social.
Ces changements sont contemporains du moment où l'on va utiliser l'énergie des hydrocarbures. Cela donne à réfléchir.
En effet les hydrocarbures sont épuisables.
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